Définir le dark pattern

Le terme a été popularisé par le designer britannique Harry Brignull en 2010. Un dark pattern est une interface délibérément conçue pour induire l'utilisateur en erreur, l'amener à faire quelque chose qu'il ne voulait pas faire, ou rendre difficile ce qu'il voulait faire. La manipulation est intentionnelle — c'est ce qui la distingue d'une simple erreur de design.

La distinction est cruciale. Un mauvais design frustre. Un dark pattern exploite. Le premier est de l'incompétence, le second est de la malhonnêteté.

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Roach Motel

S'abonner est en un clic. Se désabonner prend dix étapes, un email, et parfois un appel téléphonique.

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Confirmshaming

Le bouton de refus dit "Non merci, je préfère payer plus cher." La honte comme mécanisme de conversion.

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Disguised Ads

Des publicités stylisées comme des résultats organiques ou des contenus éditoriaux. La confusion est le produit.

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Hidden Costs

Le prix affiché n'inclut pas les frais de service, de livraison, ou les taxes — révélés à la dernière étape du paiement.

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Privacy Zuckering

Des paramètres de confidentialité délibérément complexes et pré-cochés pour maximiser le partage de données.

La complicité des designers

La question inconfortable : qui conçoit ces interfaces ? Des designers, souvent diplômés, souvent conscients de ce qu'ils font. La pression économique — conversion, retention, ARPU — crée un environnement où ces pratiques sont non seulement tolérées mais parfois explicitement demandées.

« Le designer qui exécute un dark pattern n'est pas une victime innocente du système. Il en est un acteur. La question de responsabilité professionnelle est réelle. »

La réponse réglementaire

L'Union Européenne a pris le sujet au sérieux. Le Digital Services Act et le RGPD incluent des dispositions explicites contre certains dark patterns — notamment les interfaces conçues pour obtenir un consentement forcé. Les amendes peuvent être substantielles. Amazon a payé 30 millions d'euros en 2023 pour des pratiques liées à ses dark patterns d'abonnement.

La réglementation ne suffira pas à elle seule. La vraie solution est une éthique professionnelle du design, enseignée et pratiquée. Le serment d'Hippocrate du designer : d'abord, ne pas nuire à l'utilisateur.